Tout d’abord, qui es-tu ?
Je m’appelle Eric De Panavières, Edp pour les initiales, c’est ce qui me sert de signature, avec un petit plus à la fin, qui signifie la collaboration avec les autres personnes avec qui je travaille. J’ai 32 ans, je vis et travaille à Bordeaux.
Qu’est ce qui t’a amené a faire de la photo ?
J’aime tout ce qui touche à l’art . J’ai commencé par la musique, je suis passé au dessin, au pointillisme, à la sculpture métallique, et ensuite j’ai découvert l’univers graphique par le biais de plusieurs artistes et je me suis ensuite plus attaché à la photographie. J’ai commencé par utiliser un appareil argentique mais le numérique m’a vite paru plus pratique.
Tu n’es donc jamais passé par une école ?
Non, Je suis complètement autodidacte et je m’enrichis à travers des lectures et à travers l’observation du travail des autres.
Quelles sont tes influences graphiques ?
Witkin, qui est photographe, ce sont des photos qui ressemblent aux photos du début du siècle, elles sont très vieillies, rayées, il travaille beaucoup au tirage. Il fait des choses morbides : il travaille sur des corps morts. J’aime aussi beaucoup le côté fétichiste, et je n’ai trouvé qu’un photographe qui m’intéressait, c’est Lee Higgs, un anglais : les couleurs sont trashes, saturées.
Quelles sont tes sources d’inspiration ? pourquoi travailler sur le corps ? est ce que tu sais d’où cela te vient ?
Le corps, c’est un sujet inépuisable, on peut le triturer dans tous les sens, il y a toujours quelque chose à faire avec, d’ailleurs il a été le premier sujet de la photographie. Mon travail est un peu un auto-analyse, il est souvent construit à l’envers : il y a des artistes qui pensent à quelque chose et qui vont l’exécuter, moi c’est l’inverse, je produis une image et ensuite je l’analyse, j’arrive à la comprendre, progressivement…
C’est vraiment quelque chose qui te vient comme ça, sans recours a l’intellectualisation ? Tu travailles de façon très spontanée….
Oui, je m’aperçois que toutes mes productions sont liées et j’arrive à travers elles a me comprendre moi même.
Tu présentes ce soir quelques une des arcanes majeures du tarot de Marseille. On peut distinguer sur le bord du cadre des traits rouges, barrés, comme si un prisonnier comptait les jours avant de sortir, a quoi cela fait il référence ?
Je ne voulais pas mettre les noms de chaque arcane sur les tableaux, je voulais mettre le numéro mais pas de façon standard. Donc j’ai cherché un peu toutes les solutions possibles et inimaginables et j’ai retenu cette solution qui m’a beaucoup plu. Ça me ressemblait.
Pourquoi travailler sur le tarot ?
Parce que la voyance m’attire beaucoup, depuis toujours. C’est quelque chose qui me surprend assez d’avoir cette capacité de lire dans l’avenir, surtout quand on s’aperçoit ensuite que les évènements se réalisent. Je trouve ça très fort et captivant. Ici on ne voit qu’un échantillon, il n’y a que 8 des 22 arcanes qui sont présentées ce soir. Sinon, il y en 11 de terminées mais comme c’est un travail personnel, je le fais entre deux choses, mais c’est un travail en cours.
Comment tu procèdes, par exemple pour ce genre de travail, tu commences par choisir tes modèles et voir ce que tu vas faire avec ou bien tu as une idée définie de l’image que tu souhaites obtenir ?
Pour ce travail, c’est un peu particulier par rapport à ma démarche habituelle. Sur celles ci, je voulais garder l’imagerie importante des tarots de Marseille, donc j’ai gardé les éléments importants que j’ai ensuite adapté ma façon. Et les gens qui connaissent le tarot, reconnaîtrons les cartes sans trop de problème.
Comment tu travailles ?
Ce sont juste des photos superposées, et reconstruites, je ne travaille que sur photoshop, et il n’y a rien d’ajouté, pas de peinture, pas de dessin, rien d’extérieur pour le moment…
Tu as collaboré avec d’autres artistes, que peux tu dire sur ton travail avec Lukas Zpira ?
Il fait de la modification corporelle, scarification, implants, et tout ce qui est extrême, il voyage dans le monde entier, il fait son boulot, il les prend en photo et il me les envoie. Ensuite moi je les bricole un peu esthétiquement et on s’en sert pour des expos. Ces images ont servi pour deux expos à new York, lors d’une grande manifestation artistique sur le corps… Elles sont encore là-bas dans une boutique de tatouage. Ce sont des images réelles, j’ai juste essayé de les mettre en valeur et d’y apporter ma touche personnelle.
Tentes- tu de délivrer un message au public ou bien est-ce la transcription d’une vision que tu as de la vie ?
Non, ce n’est pas une vision que j’ai de la vie, je me suis aperçu que c’était une vision de moi, réellement ! et j’arrive à le comprendre petit à petit, c’est pour ça que cette démarche est intéressante.
Comment réagit le public face à tes œuvres ?
Les gens ont des réactions très différentes ! Certains sont étonnés, certains trouvent ça beau, certains sont choqués, notamment par la mutilation…Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs ! Mais j’aime tellement les choses extrêmes que même ce que je fais n’est pas encore assez poussé à mon goût. J’essaie d’atteindre des limites, mais on a tellement été loin dans ce domaine en art … .Enfin, je n’essaie pas de choquer les gens non plus, mais ce sont mes propres limites que j’explore.
À ton avis, à quoi sert l’art ?
Pour moi, ça sert à embellir la vie. Tout ce que j’aime artistiquement est très présent chez moi. Dans le fait de montrer ce que je fais, je ne pense pas que cela me serve personnellement, car au départ je faisais ça vraiment à titre personnel, pas spécialement pour les montrer. Comme on m’a dit que c’était bien, j’ai fait la démarche de les proposer à un magasine, et j’ai été retenu ! Par la suite, les gens m’ont appelé… Mais je ne fais aucune recherche pour exposer. Les occasions se présentent d’elles-mêmes, ce qui me permet d’avoir le choix aussi des expos… Pourvu que ça dure ! Pour moi, une fois que les images sont terminées, elles font parties du passé, je dois passer rapidement à autre chose. Je les montre parce qu’on me l’a demandé, et c’est avec grand plaisir que je le fais, car j’aime bien ce contact avec les autres personnes pour voir ce qu’elles pensent, et rencontrer d’autres artistes . J’aime bien rencontrer d’autres personnes aussi pour faire des collaborations, c’est ça qui me fait avancer.
Comment vois-tu l’ art évoluer, et plus particulièrement le tien ?
Concernant mon travail, je sais brièvement ce qui va se passer dans les mois à venir, j’ai quantité de projets en cours, mais je ne sais pas si tous seront menés a terme puisque je change souvent d’avis, mes idées évoluent. L’idée que j’ai aujourd’hui ne sera pas forcément celle que j’aurais demain : c’est pour cette raison aussi que je ne fais pas de croquis . J’ai bien essayé, mais ça ne fonctionnait pas car une fois que j’étais devant mes photos, mes idées prenaient une toute autre direction. Concernant l’évolution de l’art en général, c’est assez compliqué, il y aura sans doute des come-back, comme il y en a toujours eu dans tous les domaines. On est allé tellement loin dans le trash que ça va sûrement retomber dans des choses plus douces. Mais le trash on en voit tellement ! il suffit de regarder les infos !
Où et quand va-t-on pouvoir te retrouver ?
A Avignon, chez Body Art, chez mon ami Lucas Pira Ensuite une expo est prévue a Montréal, mais je n’ai pas encore les dates.
Photos et Propos recueillis par Angie





