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Entretien avec King ov Hell du groupe Gorgoroth

Entretien avec King ov Hell (basse, composition)
Interview, traduction et édition par Mastema
 
Du rififi chez les adorateurs du Grand Cornu ! Depuis environ deux ans et le licenciement du guitariste Infernus, membre fondateur, Gorgoroth vit une situation surréaliste : les deux camps prétendent en effet continuer sous le même nom de groupe, et ont aujourd’hui tous deux un album prêt à sortir ! Sans surprise, c’est finalement la justice norvégienne qui tranchera la question. De formation « intouchable » et underground, de ferme bastion de l’art extrême, Gorgoroth expose aujourd’hui au monde sa face finalement plus « commune », vulgaire, que les fans ne souhaitaient pas voir. Le groupe sataniste aurait-il perdu de son éclat ? En jetant toute la lumière sur l’affaire, King (basse), l’unique compositeur du groupe, remet les pendules à l’heure et prouve que l’intransigeance qui a fait de Gorgoroth un groupe légendaire, est plus que jamais d’actualité ! Interview-fleuve avec un sataniste qui n’en fait qu’à sa tête…et c’est comme ça qu’on les aime !

Mastema : Bonjour King comment vas-tu? Merci de consacrer un peu de ton temps à ces questions. Vous avez tourné en décembre passé avec Cradle of Filth et Moonspell, comment cela s’est-il passé ?

King ov Hell : Nous étions satisfaits du résultat de cette tournée. C’était la plus grosse tournée et la plus grosse production de notre carrière jusqu’à présent. Cela a généré un peu de chaos lors des premiers shows, mais après Paris et Londres, les choses ont été plus fluides. Nous avions initialement prévu d’ajouter une deuxième partie à la tournée en avril/mai, mais on a préféré utiliser toute notre énergie pour le nouvel album, ensuite nous comptons faire d’autres shows en Europe après sa sortie.

M : Je vous ai vu en Belgique, à Anvers (Hof Ter Lo) et c’était une performance dantesque. Vous avez clairement volé la vedette, ce soir-là… Tu gardes des souvenirs de ce concert ?

King : Je ne me souviens plus de ce show. J’en ai fait tellement pendant des années, donc si rien de réellement marquant ne se produit, j’oublie les concerts. En gros, il se passe toujours la même chose chaque soir.

M : Gorgoroth est traditionnellement considéré comme le porte-étendard du « true » black metal. J’étais donc assez surpris de vous voir tourner avec Cradle of Filth, un groupe souvent décrié pour faire du BM « commercial »…

King : Nous ne jouerions jamais aucun show avec aucun groupe si nous étions vu à travers sa musique ou sa philosophie. Nous représentons Gorgoroth et personne d’autre, nous avons nos propres projets. Cradle of Filth ne reflète en rien ce que nous représentons. En réalité, nous n’avons pas plus de choses en commun avec COF qu’avec Darkthrone. Ceci étant dit, je m’entends personnellement bien avec Dani Filth et les autres membres de COF. J’ai appris à mieux connaître leur musique, dont je ne savais pas grand-chose avant cette tournée. Ils sont plus professionnels que la plupart des groupes avec lesquels nous avons tourné par le passé.

gorgoroth_interview

M : Où cela en est-il avec le procès qui oppose Infernus à toi et Gaahls, concernant l’utilisation du nom du groupe ? J’ai vu que l’audience s’est déroulée récemment : la décision de la justice a-t-elle déjà été rendue ?

King : Le verdict n’a pas encore été rendu, je pense qu’il le sera plus ou moins quand tu publieras cette interview [note : à ce jour, aucune décision n’a encore été rendue publique]. Je pense que les arguments de chaque partie ont bien été entendus, sans aucun drame. Le juge me semble être une personne intelligente et je suis confiant que sa décision sera fondée sur la raison. Je comprends les raisons qui poussent Infernus à défendre ses droits sur l’utilisation du nom de groupe, mais il s’agit aussi d’un groupe pour lequel j’ai travaillé 8 heures par jour, m’occupant de tous les aspects depuis 1999. En gros, j’ai fait cela entièrement seul. Gaahl, lui, est dans Gorgoroth depuis qu’il a 22 ans, et il en a bientôt 34 maintenant. C’est un simple conflit d’intérêts. Ce groupe était constitué de trois personnes égocentriques, dominantes et qui refusent tout compromis. Quoi qu’il advienne avec le nom du groupe, je suis sûr que ni Infernus ni nous n’aurons de mal à créer de l’art du même niveau qu’aujourd’hui.

M : Quel que soit la décision du tribunal, est-ce que ce sera la fin pour autant ? Ou la partie perdante a-t-elle encore la possibilité d’aller en appel ?

King : Je ne sais pas ce qui se passera si nous perdons. Oui, nous pouvons encore aller en appel, mais il faudra voir combien d’énergie je suis prêt à mettre dans cette affaire. Ce n’est pas si important que cela pour moi. Par contre, je présume qu’Infernus ira en appel.

M : Je suppose que Gaahl et toi-même avez dû entrevoir la possibilité de perdre ce procès. Si cela devait arriver, avez-vous une idée de comment vous baptiserez votre groupe ? A un certain moment, vous avez utilisé le nom « The Force Gorgoroth » : refera-t-il surface ?

King : Nous avons effectivement pensé utiliser ce nom jusqu’à ce que le verdict soit tombé. C’était afin d’honorer un vœu d’Infernus. Je ne sais pas quel nom nous utiliserions pour transmettre notre art si nous perdons. Je pense que tout le monde sait parfaitement que Gaahl et moi-même allons continuer et amènerons avec nous ce que nous avons accompli au sein de Gorgoroth, quel que soit le nom que nous utiliserons. Nous jouerons les morceaux que nous avons composés avec Gorgoroth, et nous utiliserons une production et une imagerie également créées au sein de ce groupe, sur album ainsi qu’en live à l’avenir. [note : Mais King et Gaahl pourront-ils jouer des morceaux tirés d’albums datant d’avant leur intégration, comme Pentagram et Antichrist ? Rien n’est moins sûr…]

M : Toute cette affaire étant assez unique dans le monde du metal extrême, permets-moi de creuser davantage… Pourrais-tu revenir sur les raisons précises de l’éviction d’Infernus ? Apparemment, sa contribution artistique étant devenue quasi nulle, mais y a-t-il également d’autres motifs ?

King : Bien des raisons nous ont poussés à faire ce que nous avons fait. Je n’ai aucune intention de dire du mal sur Infernus en public. Il possède de très bons côtés, mais au final il s’est avéré impossible de continuer à travailler en trio. Les deux parties souhaitaient utiliser le nom « Gorgoroth » à l’avenir, les deux parties avaient des arguments valides, et c’est un juge qui prendra la décision finale selon la loi. Pour moi, le manqué de contribution musicale d’Infernus n’a pas joué un rôle majeur dans ma décision de le virer. C’était davantage la sensation qu’il était un frein à tout ce que tu essayais de créer, à tous les niveaux, à tel point que c’en devint impossible de travailler avec lui. Il est toujours une des personnes dans cette scène que je respecte le plus pour ce qu’il a fait musicalement par le passé et pour sa personne. Il semble que ce combat juridique ait à nouveau éveillé le loup sommeillant en lui, et je suis certain qu’il créera un album fantastique avec son nouveau line-up.

M : Je sais parfaitement que tu es le compositeur principal (si pas unique) du groupe depuis plusieurs années, mais il y a quelque chose qui m’échappe. Comment cela se fait-il qu’Infernus n’écrive plus de musique pendant toutes ces années et puis soudain, après avoir été évincé du groupe, il a un album entier sous le bras en très peu de temps ? As-tu une quelconque idée ? Pour un observateur neutre, je dois dire que tout cela n’a pas beaucoup de sens…

King : Je suppose qu’il avait quelques riffs en stock lorsque nous l’avons viré du groupe en 2007. Si je me souviens bien, il m’a joué 2-3 riffs lors d’une répète, qui sonnaient d’enfer d’ailleurs. Lorsqu’on l’a viré, il n’avait pas d’album prêt, pas même une seule chanson. Son album a été écrit après son éviction. Je suppose que ce genre d’événements dont il avait besoin pour se remettre dans la musique. En fait, j’y pensais il y a à peine quelques jours et je me suis dit que je n’avais en réalité absolument rien composé en sa compagnie depuis que je suis dans Gorgoroth. J’ai un peu bossé avec Kvitrafn [note : Einar Selvik, batterie, 2000 à 2004] lorsqu’il faisait partie du groupe, mais hormis cela j’ai tout composé tout seul dans ce groupe.

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M : Apparemment, tu aurais fait la demande juridique portant sur les droits d’utilisation du nom du groupe derrière le dos d’Infernus : est-ce vrai ? Si oui, était-ce parce que vous aviez depuis longtemps en tête de vous séparer de lui ?

King : Dès 2006, lorsque nous avons sorti Ad Majorem Sathanas Gloriam, nous savions qu’il n’y avait que peu de chance que nous continuerions à travailler avec Infernus. Je pense que la décision finale a été prise durant l’été 2007. Nous avons évoqué plusieurs façons de gérer ce problème, à l’époque nous avons même pensé sortir AMST sous un autre nom de groupe. Au final nous avons décidé de garder le nom mais sans Infernus. Lui laisser le groupe à ce stade-là équivalait pour moi à la fin du groupe, ce n’était donc pas une décision difficile à prendre. Opérer un tel changement dans le line-up implique plus de personnes que les membres du groupe. Cela implique le management, les labels, les agences de booking, les sociétés d’endorsement, etc. Afin de bien protéger nos intérêts, nous avons reçu de l’aide de la part de personnes dans le business qui ont l’expérience de ce genre de situations. Ce sont eux qui ont protégé le nom du groupe en mon nom, ce n’est vraiment qu’une question de hasard que ce ne soit pas le nom de Gaahl qui soit marqué sur le papier. Nos deux noms sont sur le papier, à présent. Bref… tout ceci est ennuyeux et pas important. Avoir protégé le nom n’a plus aucune valeur maintenant, c’est au juge de rendre une décision, et elle ne sera pas basée sur qui a enregistré le nom du groupe en premier. Sincèrement, je ne comprends pas qui quiconque puisse s’intéresser à tout cela. Moi-même ça me prend la tête et m’empoisonne la vie. Je trouve cela totalement absurde que quelqu’un d’extérieur puisse trouver cela intéressant.

M : Au départ, Infernus a déclaré que le groupe s’était séparé : était-ce le cas à un moment donné ? Ou était-ce simplement parce qu’Infernus n’était pas encore au courant de votre décision ?

King : Je ne sais pas ce qu’il avait en tête. Nous l’avons informé de son éviction, nous n’avons jamais considéré l’option de la séparation. Cela fait 18 mois que nous continuons sans lui, et nous sentons que nous sommes à présent sur la bonne voie pour présenter notre art de la meilleure manière possible. Nous bossons avec les bonnes personnes et sommes désormais en mesure de répandre notre message bien plus massivement qu’auparavant. Tous les dieux fallacieux seront mis à mort.

M : Toujours au rayon des rumeurs (il y en a beaucoup !), Infernus a déclaré que Gaahl aurait failli quitter le groupe plusieurs fois, et que tu l’aurais quitté réellement au moins une fois, car tu aurais du mal à combiner ton activité professionnelle d’enseignant dans une école primaire et ton rôle au sein d’une formation sataniste. Qu’as-tu à dire par rapport à cela ?

King : Ca ne fait que prouver que nous pensions poursuivre notre art sans Infernus depuis un bon bout de temps. En réalité, je n’ai jamais quitté Gorgoroth. J’ai dû m’éclipser du groupe durant quelques semaines pour régler des problèmes personnels. Lorsque tout fut remis en ordre, les choses ont repris tout à fait normalement. Infernus le sait parfaitement, et cela n’avait rien à voir avec Gorgoroth ou avec mes croyances satanistes. Parfois il faut pouvoir s’occuper des choses qui nous entourent afin de mieux imposer sa volonté, et c’est ce que j’ai fait.

M : As-tu été surpris en apprenant que Regain Records avait décidé de soutenir le camp Infernus dans cette affaire ? Quant à vous, êtes-vous actuellement signé sur un label ?

King : Nous sommes effectivement signés sur un label actuellement. Nous avons reçu beaucoup d’intérêt de majors partout dans le monde, afin de répandre notre art. Regain est un label non-professionnel qui doit de l’argent à plein de gens. Il n’est pas capable de soutenir ses groupes d’une bonne manière du tout. Je suis content d’être sorti de ce contrat. A mon avis, d’ici 2 ans Regain n’existera tout simplement plus.

M : Encore autre chose : Regain a récemment sorti l’album True Norwegian Black Metal – Live in Griegenhallen sans vous consulter. Ca ressemble à une tentative de bas étage pour se faire du pognon facile, non ?

King : Toute cette histoire est ridicule. Regain a perdu dans deux affaires différentes à présent. Je pense qu’ils sont tellement bêtes qu’ils vont tenter leur chance une troisième fois. Evidemment, ça va encore leur coûter plus d’argent encore, de l’argent qu’ils n’ont pas. Je pense qu’ils sont tout à fait conscients qu’ils seront en faillite très prochainement. Je serai plus qu’heureux de planter un clou dans ce cercueil-là.

M : Pour son groupe, Infernus a engagé notamment Pest et Tormentor, d’ex-membres de Gorgoroth : un commentaire ?

King : Ce sont deux excellents musiciens, qui contribueront positivement au nouvel album d’Infernus.

M : Vu tout ce qui s’est passé, Gaahl et toi avez-vous regretté votre décision ? Y aurait-il eu une autre manière de régler ce différend ?

King : Je ne regrette rien, mais je n’avais pas imaginé que cela puisse prendre de telles proportions. Je pensais que ça allait être explosif pendant quelques mois, voilà tout, mais je me suis complètement trompé sur ce point. Cela fait 18 mois que ça dure, et je suis content que cela prenne fin bientôt. Je suis fatigué de toutes ces discussions et des gens qui ont un avis sur des questions qu’ils ne maîtrisent absolument pas. Infernus, Gaahl et moi-même sommes tous d’accord qu’il s’agit ici d’une divergence d’opinions et d’intérêts, la situation n’est pas aussi dramatique qu’on le dit dans les magazines. C’est déjà du passé, on recycle toujours les mêmes choses. Je pense que cela ennuie profondément la plupart des gens, et moi en premier.

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M : Quel que soit le résultat, ne crains-tu pas que la fan-base de Gorgoroth sera divisée en deux camps, et que chaque partie perdra donc pas mal de fans ? Le groupe n’en sera-t-il pas endommagé ?

King : Je n’en ai aucune idée et je m’en fiche. Je ne contrôle pas les pensées des masses concernant mon art ou la manière dont on apparaît à leurs yeux. La seule chose qui m’intéresse, c’est créer mon art au plus haut niveau possible, et présenter mes idées d’une telle manière qu’elles conduiront à un changement. Cette bataille juridique n’a en réalité absolument rien à voir avec Gorgoroth. Nous sommes un groupe créant une musique à message sataniste : ça c’est ce que nous sommes. Les affaires internes n’étaient jamais supposées devenir publiques. Malheureusement, dans ce cas-ci, il est devenu impossible de ne pas en discuter.

M : Gorgoroth étant considéré comme un groupe de « true » black metal, je pense que ses fans ne veulent pas voir ce côté « business » associé à une formation underground, qu’en penses-tu ?

King : Je suis d’accord avec toi. Dès l’instant où tu publies un album ou que tu joues un concert, un côté business apparaît immanquablement, mais il n’est pas supposé être public, car ça ne fait pas partie de ce que Gorgoroth doit être. Tu sais, j’ai aussi un certain sens de l’humour, mais dans Gorgoroth il n’y a pas de place pour l’humour : c’est la même chose.

M : Assez de tout cela…parlons enfin de musique ! Hellhammer de Mayhem a d’abord été annoncé comme batteur de session sur le prochain album. Pourquoi ne participe-t-il finalement pas à l’aventure ? Et pourquoi avoir à nouveau choisi Frost, qui a fait un boulot fantastique sur Ad Majorem… ? Et qu’en est-il également de Nicholas Barker au poste de batteur live ?

King : Nous avions effectivement recruté Hellhammer, mais il ne nous a pas fallu pas beaucoup de temps pour réaliser qu’il serait impossible pour lui de jouer dans Mayhem et Gorgoroth en même temps. Choisir Frost était l’évidence même pour cet album : nous avons bossé avec lui tant de fois par le passé, et une fois encore il a délivré une performance mémorable sur le nouvel album. Nick est un batteur remarquable, au tempérament bien trempé. Je pense que nos deux caractères se ressemblent trop pour que nous puissions collaborer longtemps. Je ne suis pas une personne facile à côtoyer et j’aime généralement que les choses se fassent comme je le veux. Nous avons mis fin à notre collaboration de façon amicale. Mais on ne peut jamais dire, qui sait s’il ne nous filera pas à nouveau un coup de main un jour ?

M : Que peux-tu nous dire du successeur de l’énorme Ad Majorem… ? Vous avez déjà un titre, une date de sortie ?

King : Il sera différent d’AMSG, car je n’aime pas sortir deux fois le même album. Gaahl écrit ses paroles et enregistre le chant en ce moment-même. Nous trouverons un titre lorsque toutes les paroles seront écrites. J’espère qu’il sera dans les bacs d’ici septembre 2009. Jusqu’à maintenant, je suis davantage satisfait de ce nouvel album que de mon travail passé, mais ça c’est normal : on est toujours plus satisfaits de son dernier effort. Une des choses que j’ai décidées très tôt fut de ne pas créer un album de black metal old-school qui prouverait au public metal qu’on est « true ». Les troupeaux ne m’ont jamais intéressé de toute façon. Je suppose que cet album nous fera perdre quelques fans, mais quelle importance ? Je n’ai jamais fait de musique pour qui que ce soit sinon moi-même et mes propres goûts.

M : Vous avez recruté Teloch (ex-1349) et Ice Dale (Enslaved, Audrey Horne, I), qui seront apparemment crédités en tant que musiciens de studio également, c’est bien cela ? Pourtant, comme tu as composé toute la musique, pourquoi ne pas avoir enregistré les guitares toi-même ?

King : J’ai enregistré toute la musique, guitares comprises, dans mon studio personnel et j’ai fait une pré-production. Nous avons ensuite réenregistré les guitares dans le studio d’Ice Dale. J’ai alors envoyé le tout à Teloch et à Frost. J’avais déjà écrit la plupart des morceaux lorsque nous avons viré Infernus en 2007. En fait, j’ai déjà 5 chansons de prêtes pour un album qui pourrait sortir en 2011 ou quelque chose comme ça. J’écris de la musique constamment.

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M: Peux-tu nous rappeler dans quelles circonstances tu as rejoint, il y a une dizaine d’années ? C’est assez rare de voir un « nouveau » membre devenir le compositeur principal d’un groupe : comment cela s’est-il produit ?

King : J’ai rejoint le groupe en 1999, je pense. Je connaissais Tormentor et Infernus. Nous avons répété pendant quelques mois, puis nous avons enregistré Incipit Satan à Stockholm durant l’été ’99. Et après cela, je suis devenu pour ainsi dire l’unique compositeur du groupe. Nous n’en avons jamais parlé, Infernus a simplement arrêté de faire de la musique et il ne répétait plus beaucoup non plus. Tormentor quitta le groupe peu après Incipit Satan. Tout s’est déroulé de façon naturelle. Ces dernières années, je m’occupe même de tout ce qui touché à Gorgoroth, au-delà de la musique.

M : Comment comparerais-tu ton style d’écriture à celui d’Infernus ? Que penses-tu des albums de Gorgoroth sortis avant ton arrivée ?

King : Je pense que les albums jusqu’à Under the Sign of Hell (sorti en 1996) compris sont fantastiques. Entre 1992 et 1996, Infernus a créé de la musique unique, j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il a fait musicalement à cette époque. Personnellement, je ne suis pas fan des albums Destroyer [note : …or About How to Philosophize With the Hammer, 1998) et Incipit Satan (2000), même s’ils contiennent quelques excellents morceaux. J’écris de la musique différemment d’Infernus. Je ne suis pas à même de juger si c’est meilleur ou pire, c’est simplement différent.

M : De quoi ton passé musical est-il composé ? Comment as-tu découvert le black metal ?

King : La Norvège est un petit pays, je connais donc les musiciens de cette scène depuis le début des années ’90. Mais je n’évoluais pas dans le black metal avant d’intégrer Gorgoroth. J’ai étudié la musique à l’université, le jazz et la musique classique, et j’ai joué beaucoup de styles différents. Mais comment tous les gosses dans ma rue, j’aimais le heavy metal. Le black metal n’était pas loin de ce que j’écoutais en étant gamin. Gorgoroth est et était déjà à cette époque-là une formation unique par le sérieux de leur message. C’est assez ironique, mais en fait Infernus et moi nous ressemblons plus que Gaahl et moi en ce qui concerne nos intérêts et notre vision de la vie. Mais durant tout le temps passé dans ce groupe, je n’ai travaillé musicalement qu’avec Gaahl.

M : En parlant de lui : ces dernières années, Gaahl est devenu une figure très importante de la scène black metal norvégienne. A quel point êtes-vous proches ?

King : Auparavant, nous étions plus proches. Mais nous n’avons pas grand-chose en commun. Ceci dit, j’ai passé plus de temps avec lui que la plupart des gens, donc je suppose qu’on se connaît plutôt bien. Je vis seul et il a une chambre ici qu’il peut occuper lorsqu’il est à Bergen, mais nous nous retrouvons plus que rarement dans les mêmes bars. Nous avons une compréhension mutuelle pour l’art que nous créons ensemble. Nous sommes deux personnes très différentes, mais je pense que lorsque nous rassemblons nos qualités respectives, quelques chose d’unique se produit. J’ai un caractère plus difficile que lui, en fait, je m’énerve plus vite sur ce qui m’entoure que lui. Gaahl est beaucoup plus calme.

M : Récemment, Gaahl a avoué être homosexuel, ce qui est (je pense !) une première dans le black metal ! Etais-tu au courant depuis longtemps ? J’étais assez étonné de constater que, finalement, ce fut assez positivement accueilli par les fans, toi pas ?

King : Gaahl est un personnage étrange. Pendant des années, il prétendait être asexué, et puis soudain il change apparemment de préférence sexuelle. Je n’ai aucune opinion là-dessus, ça ne cesse de m’étonner que les gens puissent avoir un avis sur ce sujet. Je n’ai jamais aimé les séries télé non plus, ce qui pourrait expliquer mon manque d’intérêt… Gorgoroth n’a rien à voir avec les droits homosexuels. La vie privée de Gaahl et ses préférences sexuelles ont autant d’impact dans Gorgoroth que mon hétérosexualité, c’est-à-dire aucun. Cependant, je suis favorable aux individus qui empruntent leur propre chemin sans penser à ce que les masses penseront de la voie choisie. Les masses étant dans ce cas les chrétiens ou la scène black metal homophobe. Ils sont tous les deux insignifiants et seront écrasés s’ils veulent nous nuire.

M : Je dois t’avouer avoir été plutôt surpris en apprenant que tu étais enseignant ! Bien que les deux ne soient pas inconciliables, comment fais-tu pour combiner les deux rôles, très éloignés l’un de l’autre ! Es-tu un vrai sataniste, au fait ? C’est quoi pour toi ?

King : J’ai étudié la musique à l’université. Avec cette formation, tu peux devenir deux choses : prof ou musicien. En ce moment, je ne travaille pas dans l’enseignement, je me concentre exclusivement sur la musique et je ne suis pas sûr de refaire ce métier un jour. Mais on ne sait jamais, évidemment. Honnêtement, je ne sais pas ce que devrait être un vrai sataniste. Cela renvoie à la définition de « satanisme », et je pense que toutes les tentatives de définition sont un échec. Mon utilisation personnelle du mot « Satan » se réfère donc plutôt aux termes de chaos, d’individualité, d’élitisme et de « volonté de puissance » [note : ce dernier étant un concept célèbre du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, influence notoire s’il en est au sein du black metal].

M : Durant de nombreuses années, Gorgoroth était un groupe entouré de mystère. A présent, une partie de ce voile est levé sur Gaahl et toi-même, puisque les gens connaissent des détails de vos vies privées, etc. Penses-tu que cela va changer la vision du groupe ?

King : Je ne sais pas. Nous avons toujours répondu honnêtement à toutes les questions qu’on nous pose. La seule différence est que, depuis quelques années, nous acceptons les interviews dans des médias visuels. Avant, nous ne faisions que les médias écrits. Personnellement, je n’aime pas beaucoup les interviews filmées, peut-être devrais-je arrêter de les faire. Généralement, elles se révèlent de toute façon creuses et insignifiantes. Je m’en fiche si les gens me voient moi ou Gaahl différemment juste parce qu’on apparaît sans corpse paint à la télévision. Il faut avoir 14 ans et être stupide pour penser qu’on vit dans une grotte et qu’on sacrifie quotidiennement des vierges dans la forêt.

M : Bon, cette interview touche à sa fin. Quel serait ton vœu le plus cher concernant l’avenir de Gorgoroth ?

King : Pour le moment, mon désir est de m’investir dans ce qu’est réellement Gorgoroth : créer des albums et jouer des concerts sans aucune interférence de choses sans importance comme des procès, etc.

M : Dernière question : quel est ton top-3 des albums de tout temps ?

King : Je n’ai pas de top-3 des albums de tout temps. Je déteste globalement ce genre de listes.

M : Merci beaucoup pour ton temps, King. Je te fais confiance, je sais que le prochain album qui sortira sera une fois encore énormissime, et je suis très impatient ! J’espère que toutes ces histoires judiciaires seront bientôt finies… Je te laisse le mot de la fin !

King : Heil Satan !! Ave Satan !! Rege Satan !!!

 

Source + images : Rock'n balls

03/03/09