Une cinquantaine de spectateurs ont eu du flair en choisissant (parmi la bonne vingtaine de soirées concert programmées ce soir là sur Bordeaux) de passer leur samedi aux Lectures Aléatoires. Et j’étais parmi ces inspirés.
D’abord parce que j’aime l’ambiance un peu familiale et totalement cool (au sens originel du terme) de ce nouveau bar bordelais qui propose une programmation pointue et underground, mais dans une salle (qui contrairement aux habituelles caves concert) est, elle, overground et donc aérée, spacieuse, et claustrophobe-friendly.
Ensuite parce que les associations Bonustrack et la Renverse avaient orchestré la venue des arlésiens de Poutre, un groupe de rock noise qu’une bonne réputation scénique devance, apportant avec elle la promesse d’une bonne claque.
On est rentrés dans le vif du sujet vers 22h avec le groupe Karachi annoncé sur le flyer comme le « dépannage express / 11 minutes de noise hardcore ». Ce mini set balancé cash par un groupe heureux d’être là et par un chanteur (dopé ?) à l’énergie rare a parfaitement rempli son rôle en surprenant et chauffant le public.
Puis Poutre entre sur scène, assez discrètement. On sent immédiatement que le groupe est venu pour partager une expérience musicale, sans chichi. Les quelques mesures du riff d’entrée de « Stepping stone », morceau d’ouverture de leur premier et seul – à ce jour – LP « Escalade » sonnent comme un boulet de canon. Pendant une bonne partie du concert, je vais m’interroger sur leur son de basse. Quel équipement hors-de-prix peut donner autant de puissance en distorsion tout en conservant une parfaite définition ? La réponse me surprendra.
L’équilibre du son de Poutre tient vraisemblablement aux deux décennies partagées par ses membres au sein de diverses formations.
La suite du concert est à la hauteur des espérances immédiatement suscitées, plongeant le public tour à tour dans des ambiances dignes du meilleur de Sonic Youth ou des rythmiques plus lourdes flirtant avec le rock fusion, le tout avec une énergie punk indéniable. Au fil des titres, incluant plusieurs nouveautés, le groupe enchaîne des structures parfois alambiquées avec une grande maîtrise collective, souvent l’apanage des groupes de math-rock, à la manière de Shellac ou Melt Banana. Le chant, globalement plutôt en retrait, apporte néanmoins beaucoup de nuances aux morceaux en grande partie instrumentaux, en alternant phrases déclamées et cris rageurs.
Poutre ne tombe jamais dans la caricature du « bruit pour faire du bruit », en conservant des lignes mélodiques claires et catchy, et possède une présence scénique naturelle, à l‘image de l’allure quasi-possédée du bassiste. Après nous avoir gratifiés d’une reprise de Portobello Bone, Poutre termine son set par deux titres d’ « Escalade », 37 et Dismembering Tango (qui n’a pas de tango que le nom) et un nouveau titre rythmé par une batterie zouk qui n’augure que du bon pour le prochain album du groupe, à paraître au premier semestre 2012. Le public, ravi de l’expérience, se verra offrir Onibala en rappel avant l’extinction des feux, histoire de faire patienter avant le retour du groupe à Bordeaux.
En résumé, pour ceux qui se poseraient encore la question, Poutre… Ca poutre.
Setlist :
Stepping stones
Hidden
Dirty
Impatience
Spider star
Unknown title
Broke
Priape
CC mirabeau
Reprise portobello bone
37
Dismembering tango
Zulu
Rappel : Onibaba
M.S.





